MOZART SYMPHONIQUE !
SAMEDI 20 JUIN 2026 • 20H00 • THÉÂTRE ALEXANDRE DUMAS

avec l'Orchestre Symphonique
des Étoiles du Classique
Julien LEROY, chef d’orchestre
Camille BERTHOLLET, violon
Thomas LEFORT, violon
Anara KHASSENOVA, soprano
Victoria CREIGHTON, flûte
Shamim MINOO, harpe
Martin James BARTLETT, piano

présenté par Saskia De Ville (France Musique)
MOZART SYMPHONIQUE !
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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Le nom sonne comme une évidence, une familiarité trompeuse que l'on croit acquise dès l'enfance et qui, pourtant, résiste à l'usure du temps et de l'habitude. Car derrière la célébrité universelle, derrière le mythe entretenu par les biographies romanesques et les films à grand spectacle, se tient un artiste d'une complexité et d'une profondeur que chaque écoute renouvelle et approfondit. Ce programme appartient à cette période que les musicologues s'accordent à qualifier d'exceptionnelle : les années de jeunesse et de pleine maturité créatrice, de 1771 à 1777, au cours desquelles Mozart, entre dix-sept et vingt et un ans, composa avec une aisance stupéfiante des œuvres qui portent déjà en germe tous les secrets de son génie.
Un panorama délibérément contrasté, où le sourire et les larmes, la légèreté et la gravité, la virtuosité et l'intimité alternent et se répondent avec la naturelle aisance d'un génie pour qui les frontières entre les genres n'ont jamais constitué une contrainte mais toujours une invitation. Du Concertone à la fois festif et insolite jusqu'au colossal Concerto dit Jeunehomme, de l'éclat vénitien de l'air d'opéra à la grâce enchanteresse du Concerto pour flûte et harpe, en passant par l'allégresse rayonnante de la Symphonie en la majeur, c'est la diversité même de Mozart qui s'offre à nous — cette diversité qui est peut-être, en dernière analyse, sa marque la plus singulière.
Wolfgang Amadeus MOZART : Concertone en ut majeur pour deux violons principaux, hautbois, violoncelle et orchestre K. 190 (K.166b/K.186e) (26 min)
I. Allegro spiritoso
II. Andantino grazioso
III. Tempo minuetto. Vivace
Camille BERTHOLLET, violon
Thomas LEFORT, violon
Composé à Salzbourg en mai 1773 au retour du troisième voyage en Italie, le Concertone — le terme signifie littéralement « grand concerto » — est l'une des œuvres les plus inclassables et les plus attachantes du jeune Mozart. Nulle part ailleurs dans son catalogue ne trouve-t-on une formation aussi insolite : deux violons principaux, hautbois, violoncelle et orchestre, disposition qui tient tout à la fois du concerto grosso baroque hérité de Corelli et Vivaldi, du concerto pour soliste galant, et même de la symphonie concertante qui fera florès dans le Paris de la fin de la décennie. Mozart n'invente pas un genre ; il en réunit plusieurs avec une désinvolture qui est déjà la marque des grands.
L'œuvre s'ouvre sur un Allegro spiritoso d'une générosité mélodique débordante, où les deux violons s'engagent dans un dialogue d'une élégance espiègle, se relançant mutuellement, se imitant, se taquinant avec une complicité qui rappelle les joutes vocales de l'opéra seria. L'Andante grazioso qui suit offre l'une de ces pages de rêverie pure dans lesquelles Mozart excelle à suspendre le temps, à créer une parenthèse de douceur absolue que rien ne semble vouloir interrompre. Le finale, un Tempo di menuetto, conclut avec la bonne humeur et la légèreté souriante d'un compositeur qui sait que la beauté n'a nul besoin de se justifier : elle s'impose d'elle-même, simplement, comme une évidence.
Wolfgang Amadeus MOZART : Nel grave tormento K.87 (extrait de l’opéra Mitridate, re di Ponto)
(6 min)
Anara KHASSENOVA, soprano
L'opéra Mitridate, re di Ponto, K. 87, composé en 1770 pour le théâtre royal ducal de Milan, est la première grande réussite lyrique du jeune Mozart, alors âgé de quatorze ans à peine. Le livret, tiré de la tragédie de Racine, offre au compositeur prodige un terrain dramatique d'une belle intensité : jalousies, trahisons, amours contrariées et héroïsmes sacrificiels se succèdent dans la pure tradition de l'opera seria italienne, dont les conventions strictes — alternance d'airs et de récitatifs, primauté de la voix, virtuosité comme expression des passions — n'étouffent pas l'invention mozartienne mais lui fournissent au contraire un cadre idéal pour s'épanouir.
L'air Nel grave tormento, confié au personnage d'Aspasie — fiancée de Mitridate, déchirée entre sa fidélité au roi et l'amour qu'elle porte à son fils Sifare —, est un chef-d'œuvre de concentration expressive. En quelques minutes, Mozart parvient à distiller toute la douleur d'une âme prise au piège de ses propres contradictions, d'un amour dont la noblesse même interdit l'accomplissement. La ligne vocale, d'une beauté déchirante, épouse avec une sensibilité confondante les inflexions les plus secrètes du texte poétique. On mesure ici à quel point le jeune Mozart avait assimilé les leçons des maîtres italiens qu'il avait rencontrés lors de ses voyages transalpins — Sammartini, Piccinni, Paisiello — tout en leur imprimant déjà sa marque personnelle : cette faculté unique de rendre la douleur belle sans jamais la trahir.
Wolfgang Amadeus MOZART : Concerto pour flûte, harpe et orchestre en ut majeur K. 299
(20 min) :
II. Andantino
III. Rondeau – Allegro
Victoria CREIGHTON, flûte
Shamim MINOO, harpe
Composé à Paris au printemps 1778, lors du grand voyage que Mozart entreprit dans l'espoir — déçu — de trouver un poste à la mesure de son talent, le Concerto pour flûte et harpe K. 299 fut commandé par le Duc de Guînes, amateur de flûte, pour lui-même et sa fille harpiste. Cette origine mondaine ne trompe pas sur la nature profonde de l'œuvre : sous ses dehors de galanterie parisienne la plus aimable, se dissimule une partition d'une subtilité harmonique et d'une richesse instrumentale qui dépasse très largement les exigences de la circonstance.
L'Andante est peut-être la page la plus intérieure, la plus secrète que Mozart ait confiée à ces deux instruments réunis. La flûte et la harpe y tissent un contrepoint d'une transparence cristalline, où chaque timbre semble magnifier l'autre par simple voisinage : la flûte apporte à la harpe sa mélodie ailée ; la harpe confère à la flûte un scintillement harmonique qui évoque les jardins nocturnes et les eaux dormantes. Le Rondeau final, d'une grâce badine et d'une élégance toute française, referme l'œuvre dans une atmosphère de fête galante, où la virtuosité des deux solistes s'allie à la légèreté de l'orchestre pour produire l'un des effets de pur enchantement dont Mozart avait le secret.
- ENTRACTE (20 min) -
Wolfgang Amadeus MOZART : Symphonie n°29 en la majeur K. 201 (186a) : I. Allegro
moderato (7 min)
La Symphonie n° 29 en la majeur K. 201, composée à Salzbourg en avril 1774, est l'une des œuvres que les mozartiens les plus exigeants placent volontiers au sommet de toute la production symphonique de son auteur — et cette réputation n'est pas usurpée. Peu nombreuses sont les partitions qui réussissent avec une telle maîtrise à allier l'économie de moyens à la richesse du discours, la légèreté de texture à la profondeur des affects, la clarté architecturale à la surprise harmonique.
Le premier mouvement suffit à mesurer l'ampleur du prodige. L'Allegro moderato s'ouvre sur un thème en octaves à l'unisson d'une concision frappante, presque lapidaire, qui contraste aussitôt avec la délicatesse des cordes en sourdine qui lui répondent. Ce jeu de contrastes — force et douceur, tutti et murmure, affirmation et confidence — traverse tout le mouvement comme un principe d'organisation à la fois logique et surprenant. On entend ici un Mozart qui n'a plus rien à prouver, qui compose avec la liberté tranquille de celui pour qui la forme n'est plus une contrainte mais un espace de jeu infini.
Wolfgang Amadeus MOZART : Concerto pour piano et orchestre n°9 en mi bémol majeur "Jeunehomme" K. 271 (33 min)
I. Allegro
II. Andantino
III. Rondeau. Presto
Martin James BARTLETT, piano solo
Il est des œuvres dans l'histoire de la musique dont la naissance marque une rupture si nette avec ce qui précède qu'on ne peut s'empêcher d'y voir le surgissement d'un monde nouveau. Le Concerto K. 271, dit Jeunehomme, composé à Salzbourg en janvier 1777 pour la pianiste française Victoire Jenamy — dont le patronyme fut longtemps déformé en « Jeunehomme » par les biographes —, est de ceux-là. En un geste d'une audace stupéfiante pour un compositeur de vingt et un ans, Mozart y redéfinit intégralement les rapports entre le soliste et l'orchestre, et ce dès les premières mesures : le piano entre à la deuxième mesure, répondant à la fanfare orchestrale d'ouverture avec une effronterie souriante qui n'appartient qu'à lui. Jamais encore un concerto n'avait commencé de la sorte.
Le premier mouvement, d'une allégresse princière, déploie un catalogue de thèmes d'une richesse mélodique proprement inépuisable, que le soliste et l'orchestre se partagent avec une générosité d'autant plus remarquable que leur dialogue est constamment relancé, jamais prévisible. L'Andantino central est l'un des moments les plus bouleversants de toute la musique pour clavier du XVIIIe siècle : en mineur, d'une gravité sombre et d'un lyrisme déchirant, il évoque le récitatif et l'aria de l'opéra seria — Mozart y transpose dans le langage instrumental toute la plainte d'une voix humaine en proie à une douleur qui la dépasse. On a pu voir dans cette page une anticipation du Concerto en ré mineur K. 466 ou des grandes pages tragiques des opéras de maturité ; l'hypothèse n'a rien d'excessif.
Le finale, un Rondeau Presto, répond au sombre Andantino par un déferlement d'énergie et d'invention qui confine au vertige. Mozart y insère, avec l'imprévisibilité qui est sa marque, un Menuetto cantabile à mi-parcours — parenthèse de grâce et de tendresse au sein d'un mouvement placé sous le signe de la vitesse —, avant de conclure dans une cavalcade triomphale qui emporte tout sur son passage. Avec le Concerto Jeunehomme, Mozart n'a pas simplement composé un chef-d'œuvre de plus : il a inventé le concerto pour piano romantique, offrant à tous ceux qui viendront après lui — Beethoven en tête — le modèle d'un dialogue entre soliste et orchestre porté à son degré d'incandescence le plus absolu. Que cet incendie ait été allumé par un jeune homme de vingt et un ans demeure, aujourd'hui encore, l'un des mystères les plus enivrants de toute l'histoire de la musique.

Julien Leroy
Chef d'orchestre
1er Prix « Talent chef d’orchestre » 2014 distingué par L’Adami, Julien Leroy s’inscrit dans la nouvelle génération des jeunes chefs d’orchestre français.
Le répertoire de Julien leroy s’étend de la musique du 18 ème siècle aux créations contemporaines, du répertoire symphonique ou lyrique à la musique d’ensemble.
Fort d’une confiance renouvelée depuis septembre 2012, il est chef d’orchestre assistant de l’Ensemble Intercontemporain auprès de Suzanna Mälkki et Matthias PIntscher pour les saisons 2012 à 2015.
Il dirige notamment les productions du Winterreise, du mélodrame Te craindre en ton absence d’Hector Parra au Théâtre des bouffes du Nord, de la tournée Mexicaine au Festival Cerventino 2014. Vainqueur de l’Honorable Mention Award en terminant second du XV ème Concours international de direction d’orchestre de Tokyo (2009), c’est un tournant qui s’annonce dans sa carrière. Ses récentes collaborations comprennent le Nouvel Orchestre Philharmonique du Japon, l’Orchestre symphonique de Tokyo au Tokyo Opera City Concert Hall, l’Orchestre du Centre National des Arts d’Ottawa, L’Orchestre National d’île de France, L’Orchestre de Chambre de Paris, L’Orchestre National de Lorraine, Le Gulbenkian orchestra, L’Orchestre d’Auvergne, l’Orchestre philharmonique Arturo Toscanini, L’Orchestre Colonne, l’Orchestre Pasdeloup, l’Orchestre Régional Basse Normandie, l’Orchestre Symphonique de Mulhouse.
Il est par ailleurs l’invité régulier du Festival de Lucerne et de Pierre Boulez qui est un de ses plus actifs soutiens. Il travaille alors auprès de Peter Eötvös, Sir Simon Rattle, David Robertson, Pablo Heras Cassado. En Août 2015, Il dirigera dans la salle des concerts du KKL un programme hommage à Pierre Boulez.
Lors de la prochaine saison 2015/2016, Il fera ses débuts à l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, L’Orchestre de la Suisse Romande, L’Orchestre National de Lille, L’Orchestre symphonique de Nancy, L’Orchestre National des Pays de la Loire, Le Liban Philharmonic et le Szczecin Philharmonic.
Artiste reconnu dans la création contemporaine, il est directeur musical du Paris Percussion Group, réunissant la brillante nouvelle génération des percussionnistes français.
Il est également un partenaire régulier des ensembles Court-Circuit, Sillages, et united instruments of Lucilin.
Chef Associé de l’Orchestre de la Cité internationale de 2006 à 2014, il a donné de nombreux concerts, créations et enregistré pour le Label Algarade l’ouverture fantaisie de Roméo&Juliette de Tchaïkovski et la Péri de Dukas.
En 2009, Julien Leroy est lauréat du Young Artists Conducting Program du Centre National des Arts d’Ottawa sous la direction de Pinchas Zukerman et Keneth Kiesler ; il est également sélectionné à l’Académie du Festival de Verbier auprès de Kurt Masur.
Initié à la direction au sein de la Fondation Sergiu Celibidache Stiftung München, il poursuit sa formation dans la classe d’Adrian McDonnell au Conservatoire de la Ville de Paris. Il est alors invité à se perfectionner aux master classes de Valery Gergiev, Kurt Masur, et Daniel Harding.
Il approfondit ensuite le répertoire contemporain auprès de PIerre Boulez et Laurent Cuniot.
Premier Prix de la Ville de Paris à l’unanimité en violon et en musique de chambre. Ses études d’harmonie, d’analyse, d’écriture et de culture musicales lui permettent d’obtenir un Diplôme d’Etudes Musicales de la Ville de Paris en 2005.
Julien Leroy consacre une grande part de son activité à la pédagogie. Il est nommé Professeur de direction d’orchestre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz en 2010.
Il a assuré également la direction artistique de plusieurs formations au sein des Orchestres de Jeunes Alfred Loewenguth, et dirige au sein du projet DEMOS à la Philharmonie de Paris.
Il est invité régulièrement a dirigé l’Académie du Festival de Cerventino au Mexique et au Festival June in Buffalo.











