GALA SYMPHONIQUE
DIMANCHE 28 JUIN • 18H30 • THÉÂTRE ALEXANDRE DUMAS


présenté par Clément Rochefort
avec l'Orchestre Symphonique
des Étoiles du Classique
Jean-Claude CASADESUS, chef d’orchestre
Thomas LEFORT, violoniste
Luka COETZEE, violoncelle
Amandine SANCHEZ, soprano
Kévin AMIEL, ténor
Dominic CHAMOT, piano
Gala SYMPHONIQUE
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Le gala symphonique est, par vocation, un art du contraste et de la fête. Il réunit en un seul soir ce que la musique savante a de plus ardent et de plus séduisant : l’ivresse des grands concertos, la magie de la voix, les couleurs de l’orchestre libéré de toute contrainte narrative. Le programme de cette soirée dessine un panorama saisissant de la création européenne du XIXe siècle et du début du XXe, depuis les frémissements symbolistes de Dukas jusqu’aux fastes viennois de Johann Strauss, en passant par les abîmes de Liszt, le lyrisme nostalgique de Bruch, l’âme slave de Dvořák et de Sarasate, les sortilèges d’Offenbach, les élans de Massenet, la sensualité de Bizet et la verve carnavalesque de Berlioz.
Paul DUKAS : La Péri – Fanfare - (2.30 min)
Avant même que le rideau ne s’ouvre, une fanfare : brève, altière, d’un éclat de cuivre qui suspend le temps. Dukas composa La Péri en 1911 comme « poème dansé » destiné aux Ballets Russes, mais le compositeur exigea, pour sa création, que cette fanfare introductive fût jouée en avant-scène, afin de capter l’attention d’un public encore indiscipliné. Il y a dans ce geste quelque chose de délibérément théâtral et de profondément malicieux de la part d’un homme qui, par ailleurs, brûla la quasi-totalité de ses œuvres par insatisfaction. Dukas n’aimait guère qu’on s’attardât sur lui ; il s’effaça derrière L’Apprenti sorcier, qui fit de lui l’homme d’une seule partition aux yeux du grand public. Cette fanfare, elle, appartient au Dukas secret : visionnaire, épris d’orient et de mystère. Elle annonce une nuit placée sous le signe du merveilleux.
Franz LISZT : Totentanz paraphrase de dies irae pour piano et orchestre S. 126 - (15 min)
Dominic CHAMOT, piano
La « Danse des morts » : Liszt composa cette paraphrase vertigineuse à partir du plain-chant médiéval Dies irae après avoir contemplé en 1838 le célèbre triptyque des fresques du Campo Santo de Pise, où la Mort, armée de sa faux, fauche indistinctement rois, papes et miséreux. La partition, élaborée au fil de vingt années de remaniements avant d’être créée en 1865 par Hans von Bülow, est l’une des plus redoutables du répertoire concertant. Le thème grégorien y est soumis à un jeu de variations d’une liberté et d’une audace confondantes : il se fait tantôt marche inexorable, tantôt mélopée funèbre, tantôt tourbillon démoniaque, révélant à chaque fois un visage nouveau de la mort — terrible, grotesque, ou d’une beauté renversante.
Max BRUCH : Concerto pour violon et orchestre n°1 en sol mineur op. 26 - (24 min)
Thomas LEFORT, violon
Bruch portait ce concerto comme un fardeau magnifique. Convaincu qu’il avait dit là l’essentiel sur le violon, dépassé en popularité par toute son œuvre postérieure, il finit par haïr ce premier concerto que le monde entier adorait. La postérité lui a rendu cette injustice avec usure : on ne joue guère aujourd’hui que lui. Créé en 1866 dans sa version définitive, l’opus 26 possède une générosité mélodique que rien n’égale chez les contemporains du compositeur. Son Vorspiel initial — un prélude en forma d’improvisation — laisse le violon trouver sa voix avec une liberté presque improvisée, soutenu par un orchestre qui lui tends la main plutôt qu’il ne l’accompagne. L’Adagio, qui en est le cœur absolu, est peut-être le plus beau mouvement lent jamais écrit pour l’instrument : un chant d’une noblesse et d’une tendresse telles qu’on voudrait l’entendre résonner indéfiniment. L’Allegro energico conclusif referme l’œuvre dans un élan généreux et ardent.
Antonin DVORAK : Le Silence des bois op. 68 n°5 pour violoncelle et orchestre - (7 min)
Pablo DE SARASATE : Zigeunerweisen op. 20 (Airs Bohémiens) (arrangement pour violoncelle et orchestre) - (9 min)
Luka COETZEE, violoncelle
Deux œuvres, un même terreau : la Bohême, ses forêts, ses villages, sa musique nomade et ardente. Le Silent Wood de Dvořák, issu à l’origine d’un quatuor avec piano et orchestré plus tard, est une rêverie silencieuse d’une beauté presque insoutenable. Le violoncelle y chante comme une voix humaine qui se souviendrait de quelque chose d’enfoui : l’enfance, peut-être, ou le bruit du vent dans les forêts de Bohême centrale où le compositeur aimait se retirer. L’œuvre est courte, mais dense comme un poème de Verlaine ; chaque mesure pèse son poids d’émotion. Les Airs Bohémiens de Sarasate, sont composés en 1878 à l’origine pour violon par Sarasate, compositeur-violoniste basque d’une virtuosité légendaire. Il a capturé dans cette partition l’essence du style tzigane : rythmes syncopés, ornements insolents, lignes mélodiques qui surgissent du silence avant de s’y perdre à nouveau. Le violoncelle, instrument naturellement plus grave et plus intérieur, confère à ces pages une profondeur supplémentaire, comme si la fête bohémienne se teintait soudain d’une mélancolie inattendue.
- ENTRACTE (20 min) –
Johann STRAUSS fils : La Chauve-Souris (Die Fledermaus) - Ouverture - (8 min)
Vienne, 1874 : la première de Die Fledermaus suscite un triomphe. L’opérette de Johann Strauss fils — « le Roi de la valse », fils lui-même d’un Roi de la valse — deviendra en quelques années le symbole d’une certaine idée de la légèreté heureuse, celle d’un monde qui danse sur des volcans en ignorant superbement qu’ils couvent. Son ouverture est une marqueterie de thèmes empruntés à l’opérette elle-même : valses langoureuses, polkas endiablées, airs qui reviennent comme des souvenirs de fête. L’orchestre y déploie un luxe de détails, de couleurs et d’humour qui font de cette partition bien plus qu’une mise en bouche : une œuvre à part entière, capable de faire sourire le plus grave des mélomanes.
Jacques OFFENBACH : « Les oiseaux dans la charmille » air des automates, extrait des Contes d’Hoffmann - (6 min)
Amandine SANCHEZ, soprano
Il existe peu de pages dans l’histoire de l’opéra qui atteignent à la fois une telle perfection formelle et un tel pouvoir d’inquiétude. L’air d’Olympia, la poupée mécanique des Contes d’Hoffmann, est un chef-d’œuvre d’ironie dramatique : la soprano doit feindre d’être une automate chantante, dont la voix s’emballe par saccades et dont les vocalises stupéfiantes imitent le mécanisme déréglé d’un jouet de luxe. Offenbach — ce génie venu de Cologne qui réinventa Paris à lui tout seul — y pousse la virtuosité vocale au service du comique et du fantastique avec une maestria qui laisse pantois. Les « oiseaux dans la charmille » gazouillent, sautillent, s’interrompent ; la voix doit être à la fois parfaite et volontairement imparfaite, humaine dans sa mécanique même.
Jules MASSENET : « Pourquoi me réveiller ? » air de Werther, extrait de l’opéra Werther - (3 min)
Kevin AMIEL, ténor
Goethe avait semé une génération entière dans les larmes ; Massenet cueillit ces larmes une à une et en fit de l’or. Werther, créé à Vienne en 1892, est l’opéra du désespoir amoureux absolu, celui de l’homme qui aime au-delà de ce que le monde autorise et qui en mourra, sereinement, les yeux grands ouverts. L’air du troisième acte — « Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ? » — est la traduction chantée d’un poème d’Ossian que Werther lit à Charlotte lors de leur dernière rencontre. La ligne mélodique possède cette qualité rare d’être à la fois immédiatement reconnaissable et indéfiniment émouvante ; elle croît en intensité jusqu’à un sommet que le ténor doit atteindre avec autant de puissance que de fragilité, comme si le personnage savait qu’il chante pour la dernière fois.
Georges BIZET : « Ton cœur n’a pas compris le mien » – Duo extrait de l'opéra Les Pêcheurs de Perles - (5 min)
Amandine SANCHEZ, soprano
Kevin AMIEL, ténor
Avant Carmen et sa légende, il y eut Les Pêcheurs de Perles : un opéra de jeunesse (Bizet n’avait que vingt-quatre ans lors de sa création en 1863) qui recèle des pages d’une beauté suffocante. Le duo « Ton cœur n’a pas compris le mien » confronte Leïla et Nadir dans un dialogue suspendu entre aveu et reproche, entre la tendresse et la douleur de deux êtres que tout sépare, et qui n’en continuent pas moins de se chercher. Bizet y fait preuve d’une maturité harmonique et d’un sens dramatique qui dépassent de loin ce que son âge laissait espérer : les voix s’entremêlent et se répondent avec une naturelle élégance, portées par un orchestre qui sait s’effacer au bon moment.
Hector BERLIOZ : « Le Carnaval Romain » op. 9 - Ouverture - (9 min)
(orchestre seul)
Il fallait que ce soit Berlioz pour clore le bal. Le Carnaval Romain, composé en 1844 à partir de thèmes empruntés à son opéra Benvenuto Cellini, est l’une des ouvertures de concert les plus étincelantes de tout le répertoire : elle tient en moins de dix minutes toute l’énergie d’un orchestre en fête, toute la couleur du Carnaval de Rome que le compositeur avait découvert lors de son séjour en Italie comme pensionnaire de la Villa Médicis. L’introduction lente, où le cor anglais chante avec une nostalgie incomparable, cède la place à une saltarelle d’une vitalité irrésistible, qui balaye tout, emporte tout, laisse le public à bout de souffle et le sourire aux lèvres. Berlioz fut peut-être le génie le moins aimé de son vivant ; cette ouverture est la revanche d’un homme qui avait compris, avant tous les autres, ce que l’orchestre pouvait faire quand on lui laissait enfin la bride sur le cou.

Jean-Claude Casadesus
Chef d'orchestre et parrain du Festival
Après plus de quarante années passées à la tête de l'Orchestre National de Lille qu'il a créé en 1976, Jean-Claude Casadesus, qui en reste le chef fondateur, continue à ce titre à le diriger régulièrement tout en poursuivant sa carrière internationale. Depuis mars 2023, l’Auditorium du Nouveau Siècle à Lille porte son nom et a été rebaptisé « Auditorium Jean-Claude Casadesus ».
L'orchestre, sous sa direction, a parcouru le monde (32 pays sur 4 continents : États-Unis, Amérique Latine, Afrique, Russie, Chine, Kazakhstan…) et a mené une politique exemplaire de diffusion et de sensibilisation des enfants et des publics qui n'ont pas accès à la musique.
Sa discographie de plus de trente CD avec l'Orchestre National de Lille a été unanimement saluée par le public et la critique. Ses derniers enregistrements Une Vie de héros de Richard Strauss et la 2ème Symphonie, Résurrection de Mahler ont reçu un accueil enthousiaste. Ils sont suivis du Chant de La Terre de Mahler et d'un Cd consacré à Henri Dutilleux avec notamment Les Métaboles.
Ardent défenseur de la musique contemporaine, ayant étudié la direction d'orchestre auprès de Pierre Boulez, il initie des résidences de compositeurs et préside depuis 2001 Musique Nouvelle en Liberté.
Avant de participer, aux côtés de son maître Pierre Dervaux, à la création de l'orchestre des Pays de la Loire dont il fut le directeur adjoint, il est engagé au début de sa carrière, comme directeur musical du Châtelet avant d'être nommé chef permanent de l'Opéra de Paris et de l'Opéra- Comique. Son goût de l'opéra l'amène à diriger de grandes productions lyriques au Festival d'Aix-en-Provence, à Orange, Paris, Trieste, Monte Carlo, l'Opéra des Flandres et bien sûr l'Opéra de Lille (mémorable Carmen dans la mise en scène de Jean-François Sivadier).
En tant que chef invité, il dirige en France l’Orchestre National de France, l’Orchestre de Paris, les orchestres nationaux de Bordeaux, de Montpellier et les orchestres philharmoniques de Marseille, et de Monte Carlo …
A l’international, il se produit sur les plus grandes scènes de Moscou, à Saint-Pétersbourg, en passant par Tokyo, Kyoto, Nagoya, Osaka, Taipei, Bucarest, Philadelphie, Riga, Lisbonne, Montréal, Baltimore, Leipzig ou Berlin…
Très soucieux de transmettre, il dirige pendant trois ans l'orchestre Français des Jeunes et s’investit régulièrement avec l'orchestre des Jeunes du CNSMD de Paris pour des concerts, très suivis, à la Philharmonie de Paris. En 2016, il est appelé à la Présidence de l'École Supérieure
Musique et Danse des Hauts de France. Après avoir été invité par Vadim Repin à participer au Trans-Siberian Art Festival de Novossibirsk, il décide de créer avec son ami violoniste, la première station européenne du Festival Transsibérien, inaugurée en décembre 2019 à Lille et intitulée “Festival Transsibérien Lille Station Jeunesse”. Cette manifestation hors du commun réunit les meilleurs jeunes éléments d’orchestres d’horizons divers et de prestigieux solistes tels Repin, Kniazev ou Angelich.
Également auteur, Jean-Claude Casadesus a écrit deux livres, Le plus court chemin d'un cœur à un autre publié chez Stock et La partition d'une vie, paru aux éditions Écriture.
En outre, Il reçoit de multiples distinctions : Grand Officier de la Légion d'honneur, Grand Officier de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et Lettres, Commandeur de l'ordre d'Orange-Nassau, Officier de l’ordre de Léopold de Belgique, Chevalier des Palmes académiques. En 2004, les Victoires de la Musique Classique lui décernent une Victoire d'honneur.
Durant les saisons à venir, Jean-Claude Casadesus est notamment invité à diriger l'Orchestre symphonique national de Lettonie pour le concert du Jour de l’an et un concert au Festival d’Aix- en-Provence 2024, l'Orchestre philharmonique de Nagoya, l’Orchestre philharmonique de George Enescu ou l’Orchestre symphonique de Suzhou…










