LES GRANDES SONATES POUR PIANO
JEUDI 25 JUIN 2026 • 20H00 • THÉÂTRE ALEXANDRE DUMAS

Yves HENRY, pianiste & parrain du concert
William WINTERSTIN, piano
Stella ALMONDO, piano
LES GRANDES SONATES POUR PIANO
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La sonate pour piano constitue l’un des territoires les plus exigeants et les plus féconds de tout le répertoire occidental. Née dans le creuset classique viennois, nourrie par les tourments romantiques, puis transfigurée par les avant-gardes du tournant du XXe siècle, elle a su traverser les âges en se réinventant sans jamais se trahir. Le programme de ce soir convoque quatre chefs-d’œuvre qui, à des titres divers, incarnent autant de moments de grâce et de dépassement.
Franz SCHUBERT : Sonate pour piano n°13 en la majeur D.664 - (25 min)
William WINTERSTIN, piano
Il faut se garder de croire que la sérénité soit chose facile chez Schubert. Composée à l’été 1819 lors d’un séjour à Steyr, en Haute-Autriche, la Sonate en La majeur D. 664 rayonne d’une lumière d’autant plus précieuse qu’elle semble arrachée à l’obscurité. Schubert n’a que vingt-deux ans, et pourtant son langage possède déjà cette intériorité singulière, ce chant qui ne ressemble à nul autre. L’Allegro moderato initial déroule ses thèmes avec l’aisance apparente d’une improvisation, mais chaque modulation recèle une profondeur inattendue, comme si le compositeur entrevoyait, derrière la beauté du paysage autrichien, quelque chose d’indicible et d’inatteignable. L’Andante, d’une tendresse confondante, s’attarde sur chaque note ainsi qu’on s’attarde sur un souvenir heureux que l’on sait voué à disparaître. Quant au finale Allegro, il danse avec cette légèreté désinvolte qui appartient aux seuls génies capables de feindre l’insouciance.
Ludwig VAN BEETHOVEN : Sonate pour piano n°23 en fa mineur op. 57 « Appassionata » - (22 min)
William WINTERSTIN, piano
Peu d’œuvres dans l’histoire de la musique atteignent la puissance tellurique de l’« Appassionata ». Composée entre 1804 et 1806, dans les années où Beethoven, meurtri par la surdité naissante, rédigeait le testament de Heiligenstadt, cette sonate en fa mineur n’a pas son pareil pour traduire la lutte de l’homme contre le destin. Le compositeur lui-même refusera de jouer en public, de crainte de pleurer. Son premier mouvement, Allegro assai, déploie ses abîmes avec la logique implacable d’un drame shakespearien : le thème initial, énoncé dans les graves comme une fatalité murmurée, croît jusqu’à l’explosion, puis se retire, essoufflé mais jamais vaincu. L’Andante con moto offre une brève trêve : un hymne à la sérénité intérieure qui, par ses variations successives, s’élève vers quelque chose d’absolu avant d’être brutalement interrompu par le finale, Allegro ma non troppo — Presto, déchaînement d’une énergie qui emporte tout sur son passage. Beethoven pensait à cette sonate comme à l’une de ses plus grandes réalisations ; il ne se trompait pas.
- ENTRACTE (20 min) –
Alexander SCRIABINE : Sonate pour piano n°2 en sol dièse mineur op. 19 - (12 min)
Stella ALMONDO, piano
Scriabine est l’un des grands mystiques du piano : chez lui, la musique n’est jamais simplement de la musique, mais une expérience totale, presque cosmologique. Sa deuxième Sonate, dite « Sonate-Fantaisie », composée entre 1892 et 1897, se joue en deux mouvements qui se répondent comme le jour et la nuit. Le premier, Andante, évoque selon le compositeur le rivage de la mer sous le clair de lune : une mélodie ondulante se déroule dans les graves du clavier, portée par des harmonies qui semblent vouloir dissoudre la forme dans la lumière. Il y a quelque chose de Chopin dans cette langueur nocturne, mais déjà un frémissement qui annonce le futur Scriabine, visionnaire et extatique. Le second mouvement, Presto, fait surgir la tempête : les vagues déferlent, le rythme s’emballe, et l’on comprend que la sérénité contemplative du début n’était qu’un mirage, beau et fragile comme tous les mirages.
Sergeï RACHMANINOV : Sonate pour piano n°2 en si bémol mineur op. 36 - (27 min)
Stella ALMONDO, piano
Rachmaninov est le grand mélancolique du piano russe ; son œuvre toute entière semble portée par le deuil d’un monde perdu, celui de la Russie d’avant la révolution, de l’enfance et de la patrie qu’il quitta en 1917 pour ne plus jamais revoir. Sa deuxième Sonate, créée en 1913 puis révisée en 1931 dans une version allégée de la précédente, appartient à ce que l’on pourrait appeler son testament pianistique : elle mobilise toutes les ressources de l’instrument avec une générosité que certains ont qualifiée d’excessive, mais qui n’est jamais que l’expression d’une âme incapable de retenue. L’Allegro agitato initial est une déferlante d’accords, d’arabesques et de mélodies qui s’entrelacent dans une polyphonie vertigineuse ; le Non allegro central laisse sourdre une tendresse presque insupportable, avant que le finale ne couronne l’édifice d’une virtuosité panachée.
Aram KHATCHATURIAN : La Valse (extrait de la suite Masquerade) - (3 min)
Stella ALMONDO, piano
William WINTERSTIN, piano
Pour clore cette soirée de grandes sonates, les deux pianistes réunissent leurs mains et leurs imaginaires autour d’une page somptueuse et festive signée Aram Khatchaturian. Né à Tiflis en 1903 dans une famille d’artisans arméniens, ce compositeur soviétique, héritier turbulent du romantisme et chantre d’une Arménie mythifiée, composa en 1941 une suite pour orchestre tirée de sa musique de scène pour le drame de Lermontov « Masquerade ». La Valse qui en est extraite est devenue l’une des pages les plus séduisantes et les plus populaires de tout le répertoire russe du XXe siècle. Son tourbillon élégant, ses harmonies épicées de couleurs orientales, ses contrastes entre grâce viennoise et fièvre caucasienne en font une conclusion idéale : elle réconcilie toutes les contradictions de la soirée, la clarté de Schubert et les vertiges de Rachmaninov, dans un dernier instant de légèreté partagée. À quatre mains, le piano se fait orchestre, et les deux interprètes, dans une complicité souriante, offrent au public ce beau cadeau d’une musique qui danse jusqu’à la dernière note.

Stella Almondo
Piano
Née en 2006, la pianiste monégasque Stella Almondo ne cesse de fasciner les auditeurs par son tempérament flamboyant.
Élève d’Amédée Briggen, elle obtient la plus haute distinction du conservatoire de Nice à 13 ans. Stella rejoint ensuite la classe du célèbre pianiste russe Igor Lazko à Paris, puis elle réussit à l’unanimité le concours d’entrée du CNSMDP où elle étudie actuellement dans la classe de Marie-Josèphe Jude.
Stella a eu l’opportunité de travailler avec d’éminents maîtres du piano, notamment Bruno Rigutto, Michel Dalberto, Jacques Rouvier, Mira Marchenko, Rena Shereshevskaya, Vincenzo Balzani, Grigory Gruzman, Akiko Ebi, Philippe Raskin, Nicolas Bringuier, Philippe Bianconi et Natalia Trull.
Elle donne son tout premier concert à l’âge de 10 ans, à 12 ans elle réalise son premier récital lors du festival des Nuits Musicales du Suquet, et à l’âge de 15 ans, elle interprète son premier concerto avec l’Orchestre National de Cannes. Elle connaît un franc succès en Slovaquie avec l’Orchestre Slovak Sinfonietta dirigé par Misha Katz, tout comme avec l’Orchestre Symphonique de Helsingborg.
En 2020 Stella est finaliste de l’émission Prodiges sur France 2. Elle se produit également à l’Opéra de Monte-Carlo pour le Printemps des Arts et joue pour la Fondation Prince Albert II de Monaco et la Fondation Princesse Charlène.
En 2021, le célèbre violoncelliste Gautier Capuçon l’invite à se produire avec lui au 39e Festival des Heures Musicales de Biot. Le Quatuor Modigliani fit de même pour partager la scène du Festival de Saint Paul de Vence avec Pierre et Théo Fouchenneret. En avril 2022, elle est récompensée par le 1er Prix avec les Félicitations du jury du XXe Concours International Scriabine à Paris.
En mars 2023, Radio-Classique enregistre et transmet sur ses ondes un récital de Stella lors de l’inauguration « The Sea is Green » à Monaco. Elle réalise également deux enregistrements Salle Gaveau pour Canal+, C8, Deutsche Grammophon+, Olympia TV et Mezzo (disponible sur mycanal).
Enfin, Stella devient Young Steinway Artist en juin 2023 et signe un contrat avec la maison de disques Naïve, marquant une étape significative dans sa carrière musicale prometteuse. Son premier disque sortira au mois de septembre 2024. D’une maturité étonnante, son jeu conjugue puissance et précision, maîtrisant toutes les nuances du répertoire romantique.






