JAZZ TIME : DE GEORGES GERSHWIN À MILES DAVIS
SAMEDI 27 JUIN 2026 • 17H00 • THÉÂTRE ALEXANDRE DUMAS

JAZZ TIME : DE GEORGES GERSHWIN À MILES DAVIS
Paul LAY, pianiste
Clemens VAN DER FEEN, contrebasse
Donald KONTOMANOU, batterie
Cléobule PERROT, trompette
Géraldine LAURENT, saxophone
DE GEORGES GERSHWIN À MILES DAVIS
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Véritable carrefour entre musique savante et traditions populaires, le jazz américain a réussi la fusion des éléments les plus divers pour devenir au XXe siècle l'une des expressions artistiques les plus influentes de notre temps. Ainsi, de la sophistication urbaine de George Gershwin aux audaces harmoniques de Miles Davis, cet art ondoyant et protéiforme n'a cessé d'innerver tout l'imaginaire musical avec une liberté improvisatrice sans précédent. Du Tin Pan Alley new-yorkais des années 1920 aux clubs enfumés du jazz modal des années 1950, ce programme propose un voyage à travers deux monuments du jazz qui, chacun à leur manière, ont révolutionné le langage musical de leur époque. La légèreté de touche, la séduction immédiate et la virtuosité transcendante le disputent au lyrisme à fleur de peau et aux harmonies audacieuses. Rythmes syncopés et mélodies langoureuses offrent ainsi un parcours haut en couleurs où la richesse instrumentale se love dans la spontanéité du swing et la profondeur du blues.
Georges GERSHWIN : Rhapsody in Blue
Créée en 1924 à l'Aeolian Hall de New York avec le compositeur lui-même au piano et l'orchestre de Paul Whiteman, la Rhapsody in Blue de George Gershwin (1898-1937) appartient désormais à la légende de la musique américaine. Cette œuvre emblématique réalise une forme de quadrature du cercle dans l'association entre le langage symphonique européen et l'idiome du jazz naissant. Avec une porosité inimitable, Gershwin capta l'esprit frénétique de l'Amérique des années folles où sa fantaisie naturelle s'exprima avec une générosité proverbiale. Le célèbre glissando inaugural ouvre les portes d'un monde chatoyant où se succèdent thèmes romantiques et rythmes syncopés dans une cascade de vélocité éblouissante. Le piano, traité tantôt en soliste virtuose tantôt en instrument de l'orchestre, dialogue avec les autres instruments dans une conversation élégante où volupté et tendresse transparaissent. Cette partition révolutionnaire, qui fit scandale autant qu'elle enthousiasma, brosse le paysage sonore d'une Amérique moderne aux rythmes chaloupés et décalés, à la croisée du savant et du populaire.
Georges GERSHWIN : Summertime
Extrait de l'opéra Porgy and Bess (1935), ce célèbre air est devenu l'un des standards de jazz les plus enregistrés de l'histoire. Imprégné du folklore noir américain, Summertime s'ouvre sur les berceuses que fredonnait la nourrice de Gershwin dans son enfance. Sur l'île fictive de Catfish Row en Caroline du Sud, Clara chante à son enfant une mélodie langoureuse aux accents de complainte. Gershwin, sensible à l'héritage des spirituals et du blues, sublime cette berceuse avec une profondeur et un sentiment poétique qui confèrent à cette page confidentielle une dimension universelle. Les harmonies subtiles et raffinées créent une atmosphère onirique où la grâce se mêle aux parfums des nuits d'été dans le Sud profond. Cette œuvre gorgée de toute la délicatesse du monde, immortalisée plus tard par d'innombrables interprètes de Louis Armstrong à Miles Davis, de Billie Holiday à Ella Fitzgerald, fleure bon la nostalgie et la sérénité.
Georges GERSHWIN : It ain't necessarily so
Également extrait de Porgy and Bess, ce morceau apparaît à la scène II de l'acte II lors d'un pique-nique sur l'île de Kittiwah. Le trafiquant de drogue et proxénète Sportin' Life y exprime ses doutes sur la véracité des textes bibliques dans un gospel irrévérencieux et jubilatoire. Gershwin déploie ici son humour avec une légèreté de touche qui se manifeste dans une pièce aux rythmes entraînants où s'ébrouent syncopes jazzy et mélodies espiègles. Les contrastes entre passages médiatifs et élans virtuoses créent un tableau aux couleurs contrastées qui réalise la fusion entre la tradition des negro spirituals et l'exubérance rythmique du jazz. Cette page spectaculaire, portée jadis à son acmé par les grandes voix du jazz, conserve intact son pouvoir de séduction immédiate et sa saveur impertinente.
Georges GERSHWIN : Nice work if you can get it
Composée en 1937 pour la comédie musicale A Damsel in Distress avec Fred Astaire, cette chanson incarne l'élégance sophistiquée de l'âge d'or de Broadway. Gershwin y déploie toute sa maîtrise dans l'art du standard avec une mélodie aux courbes expressives chères à la grande tradition du songwriting américain. Le titre, devenu un classique du jazz, offre un moment de pure allégresse où la virtuosité se met au service d'un swing naturel et d'une joie de vivre communicative. Les harmonies chatoyantes et les tournures mélodiques raffinées révèlent un compositeur au sommet de son art, sachant extraire la quintessence de la chanson populaire tout en lui conférant une sophistication harmonique digne de la musique savante. Cette œuvre légère en apparence dissimule une construction subtile où chaque note est savamment agencée dans un collier de perles scintillantes.
Miles DAVIS : So what
Extrait de l'album révolutionnaire Kind of Blue (1959), So What marque l'avènement du jazz modal et constitue l'une des pages les plus influentes de l'histoire du jazz. Miles Davis (1926-1991), figure mondiale de la trompette et visionnaire insatiable, abandonne ici les grilles harmoniques complexes du bebop pour explorer un langage fondé sur les modes. Cette révolution, apparemment minimaliste, libère une créativité improvisatrice sans précédent. La forme, d'une simplicité trompeuse (32 mesures en mode dorien), permet aux solistes de déployer leurs arabesques mélodiques avec une liberté totale. Le thème initial, énoncé par la contrebasse de Paul Chambers dans un dialogue avec le piano de Bill Evans, possède une fraîcheur et une évidence immédiate qui n'appartiennent qu'aux œuvres essentielles. Les solos de Miles Davis, John Coltrane et Cannonball Adderley s'envolent sur ce tapis modal avec une aisance naturelle, créant des moments de grâce pure où le temps semble suspendu. Cette musique, à la fois accessible et profondément innovante, ouvre des horizons infinis à l'improvisation jazz.
Miles DAVIS : Freedie Freeloader
Autre extrait de Kind of Blue, ce morceau offre un contraste saisissant avec l'austérité méditative de So What. Ici règne le blues dans sa forme la plus authentique et jubilatoire. Miles Davis rend hommage aux racines du jazz avec un thème aux accents traditionnels où transparaissent volupté et swing irrésistible. Le pianiste Wynton Kelly, remplaçant Bill Evans pour cette seule piste, apporte son toucher percussif et son sens du groove qui confèrent à l'ensemble une énergie terreuse et communicative. Les solos s'enchaînent avec une fluidité remarquable, chaque musicien rivalisant de brio tout en servant la musique avec une humilité exemplaire. Cette page savoureuse, dans sa simplicité apparente, révèle la maîtrise d'un leader sachant créer les conditions optimales pour que chacun donne le meilleur de lui-même dans une atmosphère de parfaite osmose.
Miles DAVIS : Blue in Green
Joyau de contemplation au cœur de Kind of Blue, Blue in Green plonge l'auditeur dans une atmosphère d'une beauté mélancolique bouleversante. Cette ballade au tempo suspendu, fruit d'une collaboration entre Miles Davis et le pianiste Bill Evans (dont la paternité exacte reste débattue), brosse un paysage aux harmonies nostalgiques d'une richesse kaléidoscopique. Le piano dessine un écrin de couleurs impressionnistes tandis que la trompette de Miles, jouée en sourdine avec un lyrisme à fleur de peau, chante une mélodie d'une pureté cristalline. Les dix mesures de la forme, répétées en boucle, créent un effet hypnotique où chaque chorus révèle de nouvelles nuances expressives. John Coltrane au saxophone ténor et Cannonball Adderley au saxophone alto ajoutent leurs voix à cette méditation sonore, chacun apportant sa sensibilité propre à cette œuvre confidentielle gorgée de toute la poésie du monde.





